mercredi 24 octobre 2007

"La seule définition de la modernité, c'est l'émotion"
Albert Elbaz, D.A. chez Lanvin

mardi 23 octobre 2007

Recherche du spectacle et marchandisation menacent la singularité de la création artistique

Le Monde daté du 24/10
Extrait :"La création contemporaine, surtout dans le domaine des arts plastiques, s'oriente de plus en plus vers la recherche de l'inattendu et du spectacle. Cette tendance répond à une volonté d'actualisation, au désir de créer du jamais-vu, à une originalité d'apparence en lieu et place d'une résonance de nécessité. A cette démarche s'opposent deux attitudes : celle de l'élaboration d'une oeuvre, qui appelle forcément une notion de durée, et celle que l'on entend par le terme d'"académisme", au sens péjoratif du vocable.

Avec Marcel Duchamp, l'art modifie sensiblement son optique. La Fontaine de 1917, ce ready-made, cet urinoir, cet objet préfabriqué, dérouté de ses fonctions et, par là même, provocateur, crée forcément la surprise, mais non l'émotion ; il usurpe en quelque sorte, par sa situation inattendue, le rang d'oeuvre d'art. Par contre, l'émotion créatrice continue d'habiter chaque centimètre carré de Paul Klee, comme elle ne cesse de briller sur L'Oiseau dans l'espace de Brancusi, parce que, dans ces deux exemples, l'oeuvre est le fait de la main et de l'esprit de l'homme, tandis que l'urinoir n'est que la conséquence du glissement inattendu d'une idée et d'une convention."

"L'adversaire premier de l'art est la valeur vénale, qui n'est qu'un mobile, une fuite en avant, jamais une fin en soi. L'individualisme de notre temps permettra-t-il de concevoir une réelle universalité de l'esprit ? La question se pose devant la confusion qui est celle des arts, comme elle est aussi celle du monde, comme elle le fut sans doute toujours."


Phillipe Robert-Jones



Miles Davis



"Seulement compte l'avenir; Il a toujours voulu être celui qu'il sera" "Vous avez une idée, allez jusqu'à un certain point et abandonnez-la" "Toujours et perpétuellement se quitter soit-même"

lundi 22 octobre 2007

J'AI ENVIE DE M'AMUSER UN PEU

mercredi 17 octobre 2007

Paul Graham et une conception de l'image (1)

Paul Graham.



















































Ce que l'on a dit du travail de ce cher Paul :
En 1968, Paul Graham publia Beyond Caring, une étude sur les bureaux de sécurité sociale de Grande-Bretagne et en 1987, Troubled Land, qui explorait les tensions politiques de l’Irlande du Nord. Ces deux séries photographiques de Paul Graham, se penchaient sur les fissures et les points de tensions de la société britannique. Dans Troubled Land il mis en place ce qui allait devenirsa méthode documentaire pour les années à venir : une série de paysages ternes dont la banalité est subtilement perturbée par la présence du sectarisme et des conflits. Paul Graham était à la recherche de traces, de bouts de papier, de slogans divers et variés, des avertissements, des imprécations, les minuscules indicateurs d’un malaise immense. Dans ces séries, il remet au goÛt du jour la photographie documentaire en couleur et influence ceux qui l’ont suivi, en particulier Seawright et Fox. […]



American Night est une histoire autour de la vision périphérique, la vision trouble, floue et les positions avantageuses. Ses personnages errent dans les rues, le long des autoroutes, devant les baraques de fast-food, à travers les parkings, toujours seuls, sans but apparent. Ils attendent, regardent. Dans la méthode photographique du « jour pour la nuit » qu’a utilisée Paul Graham, ils errent dans un brouillard morne, le bruit blanc et visuel d’une société stressée.
Cependant, American Night n’est pas une simple critique de la perte et des dégâts urbains. Parsemées parmi ses images blanchies et oniriques des pauvres exclus et errants des Etats-Unis, se trouvent les photographies en couleur des maisons américaines. Graham nous rappelle que la vision du photographe est partielle. En s’éloignant de quelques pâtés de maisons des taudis sordides on se retrouve dans un paradis verdoyant.
Il rend ces photographies faciles à regarder, un festin visuel. Par contre, il est difficile de déchiffrer les photographies blanches, les silhouettes diminuées se meuvent autour du mobilier urbain et des voitures garées et disparaissent presque au milieu des devantures des fast-foods.
Et alors que nous pensions avoir trouvé la logique qui régit cette mémorable collection de photographies, (images délavées de pauvres, stylisation aboutie des luxueuses habitations), Graham nous conduit de nouveau vers une fausse voie. Il insère une section de photographies documentaires ; des images d’américains pauvres et démunis, qui défient notre époque, qui sont riches, sombres et qui regorgent d’énergie autant que les image blanches sont léthargiques.


On connaît les références photographiques de ces documentaires de rue ; une forme accentuée de Walker Evans, Philip Lorca di Corcia qui affronte les acheteurs dans leur course effrénée. Cependant, encore une fois, Graham place la barre plus haut en augmentant l’angoisse et l’obscurité de compositions qui nous semblent familières.
Nous voici devant le miroir étrangement déformant dressé face aux images blanches, les codes traditionnels de la photographie rançonnés par une vision floue et indistincte.
Parce qu’American Night nous parle autant de photographie que du monde confus dans lequel nous vivons. C’est une sorte de traité sur l’acte de visualisation, de représentation- tout a étéphotographié de toutes les manières possibles et la négation de la vision est la seule avancée que puisse faire la photographie.
Quand Paul Graham a réalisé Troubled Land en Irlande du Nord, il a dépassé une frontière culturelle et les photographies qu’il a faite étaient l’expression de sa confusion, une lutte pour saisir la violence qui ne transparaît qu’à travers les bandes de couleur, les fragments de papiers, les silhouettes au loin. Dans American Night, il a de nouveau étudié une société qui lui est étrangère. Il n’a pas seulement porté son regard sur ses marges mais aussi sur son centre, élégant et prospère, et, comme au temps d’ In Umbra Res, il insiste une nouvelle fois sur le fait que « si l’on détourne son regard de la périphérie de notre vision, on peut commencer à en faire quelque chose ». […]


En ces temps critiques de l’histoire d’après-guerre de l’Amérique, Paul Graham fait des photographies qui ont à voir avec ce qui n’est pas vu, l’incompréhension, et un monde fracturé.
Il crée des images que nous voyons comme les personnages aveugles du roman de Saramago verraient le monde, imprime des textes qui ne peuvent être lus ; il annonce la perte de la vision, l’abandon de la clarté. »



Une conception de l'image (1):
La fascination, voilà ce que recherche le plus la publicité. Le spectaculaire, l'image fascinante, l'image unique, l'image de mode, l'image publicitaire représentant l'instant décisif, tout ceci est devenu l'outil de la communication. Je vois plus la photo comme une multiplicité d'images. Des images qui se parlent, et qui nous parlent, qui racontent une histoire en ouvrant des horizons, plutôt qu'en les cadrant. Ce ne serait pas amener le spectateur à voir ce que l'on désire, mais l'emmener avec nous, et le laisser se faire sa propre image.

Il me semble que l'image a acquis un second sens, celui de la superficialité, celle d'une représentation orientée. Si l'image parle d'elle même, c'est qu'un message y est inséré. Un message simple, à consommer sur place, dans l'immédiat. Plus le message est percutant, mieux il imprégnera notre esprit. Parler à notre cerveau reptilien, c'est réussir. Le message peut même se révéler au moment désiré, devant le produit que l'on cherche à nous vendre. Non seulement, cette image contiendra le message de consommer, mais elle l'inscrit dans un "univers", qui est celui de la marque. La marque, c'est l'artiste, définit par ses références, ses périodes, son style, sa personnalité, son groupe. Le produit, c'est une de ses œuvres. Je ne vais pas seulement adhérer au produit, mais à l'univers de la marque, car je me sens proche, elle constitue ma référence, elle me construit en cela.

Une image silencieuse ou des images qui chuchotent entre elles. Le bruit du vent dans une forêt, qui nous invite à franchir la lisière et découvrir ce qui s'y cache. Une histoire, une représentation sincère, ne peut pas se concevoir sans une multiplicité d'angles, de points de vue, de distances face au sujet, d'aller-retour, entre nous-même et l'extérieur.

Aventures africaines


L'après midi nous passons par une petite ville du nom de Debre Sina. Sahlu gare son véhicule sur le bas-côté. Aussitôt nous sommes entourés par un groupe de gens. Déguenillés, amaigris, nu-pieds. Beaucoup de jeunes garçons, beaucoup d'enfants. Immédiatement un policier se faufile jusqu'à nous. Il porte un uniforme noir tout déchiré, sa veste est fermée par un seul bouton. Il connait un peu l'anglais et d'emblée nous dit : "take everything with you. Everything ! They are all thieves here !" et il montre du doigt les enfants, l'un après l'autre, en respectant l'ordre dans lequel ils nous entourent : "This is a thief! This is a thief ! Je suis du regard le doigt du policier qui se déplace dans le sens des aiguilles d'une montre en faisant une pause sur chaque nouveau visage : "This is a thief! " continue le policier, et quand arrive le tour d'un grand garçon magnifique, sa main se met à trembler et il nous lance une dernière mise en garde :"This is a very big thief, sir !"
Les enfants nous regardent avec curiosité. Ils sourient. Je ne lis sur leur visage ni méchanceté, ni cynisme, je les sens plutôt gênés et même humiliés. "I have to live with them, sir", poursuit le policier d'un ton plaintif. Et comme s'il cherchait à tout prix, une compensation à son maudit destin, il me tend la main en disant : "Can you help me, sir ?", tout en ajoutant, comme pour mieux se justifier sa demande: " We are all poor here, sire" Et d'un geste de la main, il montre tour à tour sa propre personne, les petits voleurs, les cabanes bancales de Debre Sina, la route pitoyable, l'horizon.

mardi 16 octobre 2007

Question 1

Où sont passés les abeilles et les poètes ?
Je suis encore vivant, et de retour à Paris. Je me sens plus que jamais prêt à ... continuer !

Get your motor runnin'
Head out on the highway
Lookin' for adventure
And whatever comes our way
Yeah Darlin' go make it happen
Take the world in a love embrace
Fire all of your guns at once
And explode into space

avec quelque chose de nouveau ...

A little distortion in my left ear
A little distortion tell me can't you hear
A little distortion in my left ear
A little distortion tell me can't you hear

Cause it feels good to me
Makes me feel allright
It feels good to me
Makes my burdens light


vendredi 21 septembre 2007

On achète bien les cerveaux


La publicité et les médias

p.11
« Les publicitaires ont été les fabricants zélés d’une économie du désir qui a permis à quantité de produits high-tech dans la téléphonie, les jeux, la télévision, ou Internet de trouver leur marché. Le marché du divertissement, qui va des loisirs spectacles aux médias en passant par la téléphonie, les nouvelles technologies, ou la musique, ne doit ainsi son existence qu’aux milliards d’euros investis dans la publicité. Habille au jeu de la filière inversée chère à l’économiste américain John Kenneth Galbraith, les industriels ont compris la nécessité de porter à son paroxysme l’orchestration du désir de consommation avant de produire. Car telle est la caractéristique d’une société où la productivité est virtuellement illimitée, du fait de l’automatisation industrielle de la mondialisation : le contrôle de l’appareil de production compte moins que la maîtrise des aspirations consuméristes. La publicité joue donc ce rôle essentiel de modeler les besoins et les attentes des individus en fonction de la demande économique.
Pour accepter ce nouvel ordre social, qui place le consommateur au centre de la dynamique économique, les acteurs du marché publicitaire ont fait office de propagandiste talentueux (et parfois inconscient) d’une idéologie dominante. Dans un pays où l’ascenseur social est en panne, ils ont fourni des signes de reconnaissance symbolique en entretenant l’adhésion à des marques qui fonctionnent comme autant d’archétypes de positionnement identitaire. Invités à s’accaparer l’imagerie publicitaire au moins autant que les produits où les services auxquels elle se rattache, les consommateurs ont été conduits à se prendre au jeu d’une « culture-pub », perpétuant les rapports dominants-dominés au nom d’une « légitime » aspiration à la consommation. Davantage qu’un simple reflet de la société économique moderne, la publicité suscite l’acceptation de celle-ci dans toutes ses composantes : inégalitarisme, violence sociale, domination masculine, stéréotypes communautaires, etc. Elle fabrique les envies, les rapports sociaux, les clivages générationnels, les normes esthétiques sans lesquels il n’est pas de société capitaliste, c’est-à-dire une société où l’accumulation de capital est un but en soi, permettant d’accéder à la société de consommation. »


p.14
« Dans les pays développés, la pression publicitaire atteint une telle ampleur qu’elle génère de multiples effets pervers dont on commence seulement à prendre la mesure : altération du fonctionnement des médias, menace sur l’information, concurrence faussée, envahissement des marques, aliénation de l’individu … La publicité n’a plus rien d’une douce musique d’ambiance, mais s’impose à nous sous son vrai visage : une idéologie au service de la préservation d’un ordre économique et social. »


p.26
Pour la firme (Coca-Cola), un seul mot d’ordre : être partout et tout le temps, « every day everywhere » comme dit son film institutionnel, de façon à toucher le maximum de consommateurs.« La répétition peut venir à bout de tout. Une goutte d’eau finira par traverser un rocher. Si vous frappez juste et sans discontinuer, le clou s’enfoncera dans la tête » déclare un dirigeant de la Coca-Cola.
p.29
« La fameuse région clé du neuromarketing est également associée à l’image de soi et à la connaissance intime que l’on a de soi-même. Les patients donc le cortex préfrontal médian est endommagé, à la suite d’un accident par exemple, souffrent souvent de changement de personnalité. Après avoir scanné des cerveau de consommateurs, Kilts affirme que les « neuromarketers » peuvent certifier à une entreprise que ses produits sont, ou non, en mesure d’établir une connexion utile pour ses ventes. En cas de réaction du cortex préfrontal médian, le sujet ne réfléchirait plus. : il serait saisit d’une envie folle d’acheter : « A ce niveau là, explique Kilts au journaliste du New York Times venu lui rendre visite, c’est intuitif : vous dites je vais faire cela, je le veux. ». Comme l’explique Annette Shâfer dans un article de la revue Cerveau et Psycho, « voici donc le moteur du commerce. Ce cortex préfrontal médian nous fait aimer ce qu’aiment les autres. Arriver à le stimuler pourrait donc être un objectif majeur d’une parfaite campagne publicitaire. » En activant cette aire du cerveau, les neuromarketers réussiraient en effent une alchimie parfaite : l’opération qui consiste à transformer tout amour de soi en tant que soit – le narcissisme – en amour de soit en tant qu’un autre – une cible publicitaire ! »


p.30
« Soumis à des images de voitures haut de gamme, 12 individus de sexe masculin ont fait ressortir l’importance du « noyau accumbens » dans l’appréciation des véhicules : l’attirance pour une voiture se manifeste dans le cerveau par l’activation de cette zone liée au sentiment de récompense. Comme s’il s’agissait d’un être aimé, l’objet de consommation devient alors un objet de désir à travers un véritable processus de personnification. « Quand ils regardaient les voitures, cela leur rappelait des visages, les phares ressemblaient un peu à des yeux » (…) les publicitaires en ont conclu qu’il convenait de renforcer dans leurs spots la corrélation instinctive entre désir sexuel et pulsion d’achat. »

p.35 ; Extrait du recueil Aujourd’hui de Blaise Cendrars
« La publicité est le fleur de la vie contemporaine ; elles une affirmation d’optimisme et de gaieté ; elle distrait l’œil et l’esprit. C’est la plus chaleureuse manifestation de la vitalité des hommes d’aujourd’hui, de leur puissance, de leur puérilité, de leur don d’invention et d’imagination, et la plus belle réussite de leur volonté de moderniser le monde dans tous ses aspects et tous les domaines. Avez-vous déjà pensé à la tristesse que représenteraient les rues, les places, les gares, le métro, les palaces, les dancings, les cinémas, le wagon-restaurant, les voyages,les routes pour automobiles, la nature sans les innombrables affiches sans les vitrines (…) oui vraiment la publicité est la plus belle expression de notre époque, la plus grande nouveauté du jour,un Art. »

p.59
« La société de consommation ne peut exister sans son corollaire publicitaire. Car seule la publicité crée dans les têtes une urgence fantasmatique sans laquelle il n’est pas de tension consumériste : c’est parce que je suis sans cesse sollicité par un univers euphorisant, rempli de symboles de bonheur, que je tends vers la jouissance de l’acquisition matérielle. De ce conditionnement naît une socialité qui pousse le consommateur à se sentir déterminé moins par son groupe social que par des aspirations collectives véhiculés par les médias. Tout est prétendument accessible, y compris le luxe, puisqu’on n’est plus censé être prisonnier de son statut mais libéré par sa consommation. A la « vieille » division entre dominants et dominés doivent se substituer les communautés de désirs, des « tribus » susceptibles de reconstruire un « nous entièrement fabriqué par le produit ou par le service », comme dit Bernard Stiegler. L’essayiste François Brune parle d’une « volonté de saisie intégrale de l’individu dans ce qu’il a d’anonyme ». Il s’agit de se fondre dans une identité à la fois plurielle et, parce qu’elle s’adresse à chacun en tant que cible, singulière. Ce faisant, la publicité permet la mutation d’une société de classes vers autant de cibles qu’il y a de positions économiques à défendre. »

mercredi 19 septembre 2007

Monaco, la fin d'un monde

Souchon, ultramoderne solitude, Monaco

En 88, on était parti avec Laurent comme on fait, à Monaco, on est resté longtemps, et dans la journée on a fait du bateau, un peu de bateau à voile, c’est rigolo.

Monaco, on a fait beaucoup de chansons à Monaco, et notamment Ultramoderne solitude; c’est un pays très particulier qui m’a influencé, c’est un pays de joie de vivre, de gaîté, d’argent, de vie facile, de fastes, et quand on y reste trois quatre jours, c’est formidable, c’est comme ça, c’est le casino ; et quand on y reste longtemps, comme nous on y est resté longtemps, y a comme un truc triste, parce que c’est comme si on était au bout d’une civilisation, au bout d’un monde de richesse, de beauté, de plaisir.
C’est comme si on était tout au bout. Tout le monde rêve d’une vie agréable, avec des restaurants, des rigolades et des gens bien habillés, amusant, d’aller jouer, de passer son temps à des frivolités quoi ; et puis quand on y est depuis un moment, ça finit par rendre la vie complètement vide, on a peur de quelque chose on sait même pas de quoi. Je me souviens, on a fait ultramoderne solitude, on était pris par quelque chose d’un peu triste, dans ce monde paillettes et d’amusements, je ne me souviens pas exactement de toutes les chansons qu’il y a sur ce disque, mais elles sont un peu pesantes.

Liberté Egalité Fraternité

Entretien avec Max Pol Fouchet

"Monsieur Max Pol Fouchet, liberté, égalité fraternité, c’est extrêmement important pour vous mais en 1968, que signifient ces trois mots, on va commencer avec liberté.
Disons que cela nous est peut-être plus précieux en 1968 parce que nous sentons que des menaces pèsent sur la liberté. C’est bien pourquoi la liberté, voyez vous, c’est une chose sur quoi il faut veiller jalousement.
L’égalité, c’est que tous les membres nations participent à la richesse commune. Ce qui n’est pas le cas. Les gouvernements qui se sont succédé depuis des années ont spolié la masse ouvrière française de ce à quoi elle avait droit; C’est grave
Pour ce qui est des Français, sont-ils fraternels les uns à l’égard des autres ; oui, oui, oui mais vous me sentez un petit peu dubitatif, parce que je sens que la France va vers la division en deux blocs. Et cette division en deux blocs, mais ce manichéisme d’un côté les bons, d’un côté les mauvais, ça c’est très dangereux. A-t’on le droit vraiment de simplifier la pensée politique d’un grand pays comme la France de cette façon. Ce n’est pas de la simplicité, c’est du simplisme. Mais ce qui est grave c’est que tous les simplismes conduisent à des catastrophes."

Les classes moyennes à la dérive



Louis Chauvel, sociologue. Chercheur à l'observatoire sociologique du changement (OSC)

LES ORPHELINS DE 1968

Couverture, dos
« Privilégiés ou condamnées ? Les classes moyennes ne connaissent certes par les difficultés des périphéries les plus déshéritées (pauvreté, exclusion, relégation ...). Mais leur apparent confort dissimule un cruel déficit d'avenir. Tandis que nous nous inquiétons de ses marges, c'est peut être en son coeur que la société française se désagrège.
Où est ce coeur ? Il ne s'agit pas simplement d'un « juste milieu » entre élite et classes populaires. La centralité des classes moyennes tient d'abord à l'imaginaire de progrès et d'émancipation qui leur fut longtemps associé et donc témoignent les grandes conquêtes sociétales des années 1950-1970 : propriété du logement, départ en vacances, acquisition d'un automobile, contraception, accès à l'université,etc. C'est cet imaginaire qui s'effondre aujourd'hui. De même qu'elles associèrent les autres à leurs succès, les classes moyennes les entrainent à présent dans leurs difficultés. Leur dérive pourrait devenir le cauchemar de tous. »



p.66
« Le rêve de la génération 68 pourrait être le cauchemar de ses enfants. Les acquis dont elle a plus que toute autre bénéficié furent conquis au prix de politiques dont la soutenabilité sur le long terme est devenu problématique dès lors que le régime de croissance ne permet plus de porter le fardeau des excès passés. L’inflation croissante de naguère, la dette explosive qui a résulté d’investissements qui ne furent pas tous productifs, tant dans ses formes explicites (le déficit cumulé) qu’implicites (les retraites publiques non budgétées), l’exigence ultérieure de plus de rigueur, l’incapacité à sortir de la contradiction des dépenses incompressibles, d’une gestion impossible des prélèvements obligatoires entre baisses des taux d’imposition et hausses consécutives des déficits, et d’une exigence croissante vis-à-vis des services rendus par une fonction publique peu à peu vieillissante (dont une part croissante devrait partir sans remplacement, faute de pouvoir payer à l’avenir un fonctionnaire à la retraite et un salarié de l’état en activité) … Telles sont les équations d’un système surdéterminé où les nouvelles générations ont servi de variable d’ajustement.
Les derniers mois et les différents mouvements qui des banlieues aux universités ont animé de nombreuses fractions de la jeunesse, ont montré que sous la surface calme de ces nouvelles générations qui ne semblent guère idéologisées, des courants complexes et de plus en plus violents se font jour. Le soulèvement des jeunes des quartiers de relégation à l'automne 2005 n'a étonné les sociologues que par son caractère tardif : il était attendu depuis plus d'une décennie. Le seul phénomène neuf dans l'accumulation des difficultés est que les nouveaux adolescents d'ajourd'hui (nés vers 1990) sont maintenant les enfants d'une génération (née vers 1960) à qui l'on a toujours promis la sortie prochaine du tunnel et qui n'a jamais connu l'emploi stable et durable de la société salariale. Quant aux mouvements universitaires qui ont accompagné le processus de promulgation du Contrat première embauche (CPE) et de son retrait, ils ont révélé le profond malaise des jeunes qui doivent se contenter d'un sort de second choix, faute de pouvoir tous entrer dans le processus hyper-sélectif de l'excellence scolaire des grandes écoles qui en France est la base du recrutement des classes moyennes supérieures et des élites.Les difficultés des nouvelles générations ne datent pas d'hier : depuis plus de vingt ans, en France, le fléau du chômage des jeunes demeure sans solution durable. Voilà vingt ans encore, le baccalauréat était un rempart contre le chômage. Toutes les digues semblent maintenant avoir cédé, si ce n'est pour les anciens des grandes écoles les plus sélectives : pour eux l'enjeu est moins chômage qu'une chance à la mesure des efforts et des acquis, d'où leur tentation croissante de l'exil faute de pouvoir trouver en France une place décente. Si, dans le contexte de plein emploi de naguère et de pénurie de qualifications, il était possible de choisir son employeur, depuis vingt ans, une concurrence radicale, sans cesse exacerbée, autour de places raréfiées attend les jeunes à l'entrée dans la vie adulte : ce mode de socialisation a marqué l'ensemble des générations de moins de 45 ou 50 ans aujourd'hui.
Devant le chômage de masse et la concurrence, les nouvelles générations ont dû réduire leurs prétentions salariales : en moyenne en 1975, les salariés de 50 ans gagnaient 15% de plus que les salariés de 30 ans; l'écart a culminé à 40% en 2002. Pour les femmes, l'écar s'est creusé de 29 points. Si naguère les classes d'âge adultes vivaient sur un pied d'égalité, les fruits de la croissance économique, ralentie depuis 1975, ont depuis été réservés aux plus de 45 ans. Le contraste est particulièrement brutal au sein des classes moyennes : alors qu'un jeune technicien ou secrétaire administratif pouvait disposer dès le début de sa carrière d'un revenu supérieur à celui de ses parents en fin d'activité, et connaître ainsi un vrai sentiment de progression, l'entrée en activité est maintenant vécue par beaucoup comme une paupérisation. Ce malaise est clairement exprimé par le mouvement Génération précaire, mais pour l'heure les souffrances réelles qui en résultent sont le plus souvent inexprimées, muettes, et donc d'une violence décuplée. En même temps l'évolution des prix de l'immobilier remet en cause une comparaison simpliste des niveaux de vie : comparés à ceux qui ont acheté leur logement voilà vingt ans, les jeunes font face aussi a des conditions de logement problématiques. Depuis 1984, ils doivent travailler deux fois plus longtemps pour acheter ou louer la même surface dans le même quartier. Il faut peut être souhaiter à ces jeunes propriétaires des plus-values comparables à celles dont ont bénéficié les séniors d'aujourd'hui, mais cela signifirait aussi la paupérisation définitive des suivants, qui devraient dès lors passer leur vie à travailler pour se loger. Ce régime ne semble guère durable.
Comment expliquer ces revirements qui atteignent maintenant le noyau le plus central de la société française ? Ici comme ailleurs, la solution réside dans un choix sociétal, délibéré ou non, de conserver les acquis de la génération qui a cueilli les fruits de la croissance, au détriment des intérêts de la suivante. De la fin des années 70 au début des années 90, les recrutements dans la fonction publique ont été réduits de moitié, le numerus clausus des médecins divisé par trois, et les exemples ne manquent pas de professions qui présentaient des profils de répartition par âge en forme de pyramide posée sur la base au milieu des années 70, puis posée sur la pointe depuis la fin des années 90.
Pour les générations âgées 30 à 34 ans aujourd'hui, tandis que le niveau de diplôme croît, que les origines sociales s'élèvent, et donc que les candidats potentiels à l'entrée des classes moyennes abondent, la moitié des postes au sein des catégories intermédiares de statut public ont simplement disparu et leurs équivalents dans le privé ont connu une croissance trop lente pour absorber l'expansion des candidatures. Ce décalage n'est nul part aussi profond que pour ces catégories intermédiaires : il s'agit d'un déficit d'emploi de 6 points – sur la totalité de la classe d'âge, soit plus de la moitié du taux de chômage spécifique à cet âge. Evidemment la fonction publique n'est pas indéfiniment extensible dans un contexte de maîtrise desdépenses publiques, mais, pour les jeunes, le privé n'a pas pris le relais. D'où cette situation étrange : malgré un sacrifique constant de la jeunesse qui a vu depuis vingt ans se réduire de plus de moitié les places dans la fonction publique, le nombre de fonctionnaire demeure rigoureusement le même depuis 1984. Ici, comme ailleurs, on a préféré traité le flux des nouveaux entrants, qui ont été sacrifiés, faute pouvoir prendre position sur le stock, inexpugnable. Il pourrait être ainsi être désagréable aux jeunes d'apprendre qu'ils n'ont pas été simplement victimes d'un capitalisme néolibéral qui, à force de maîtrise de l'inflation et de réforme antiétatiques, les a privés d'emplois stables et bien payés (qui existent encore) et de logements bon marchés (occupés aujourd'hui par d'autres), mais aussi d'un faux socialisme, qui ne les a pas soutenus, qui leur fait payer sur leurs impôts (TVA, taxes sur le tabac, sur l'essence, etc.) le prix d'un état providence obèse qui ne leur bénéficie guère et au bout du compte qui leur fera supporter longtemps les dettes accumulées par leurs heureux prédecesseurs. Faute de vouloir affronter ce constat, les générations politiques arrivées à maturité devront en assumer les consquences délétères pendant des années. (...)
Dans une société française en stagnation, taillant dans les dépenses d'investissement, dans un contexte d'organisation du travail où les frontières entre les classes d'âge restent imperméables à la concurrence, une génération de jeunes diplômés a perdu la perspective de trouve sa place en France, au mois avant les départs à la retraite de la décénnie à venir – cet espoir étant lui-même réduit du fait qu'un fonctionnaire à la retraite coute en moyenne aussi cher qu'un fonctionnaire en activité. Ce compromis présente l'intérêt d'une protection relative des seniors, qui en France, sont plutôt riches et égaux, mais aussi l'inconvénient d'une dynamique plutôt pessimiste. (...)
Le phénomène étant clairement générationnel, il prend l'allure d'une crise de civilisation. Dans le secteur public en particulier, le mieux être avéré des seniors s'accompagne de la multiplication des échecs durables chez les jeunes. L'expérience familiale du déclassement et les cas de collègues et de voisins confrontés aux mêmes maux diffusent l'idée que les progrès passés ne seront pas transmis à la génération à venir. »

jeudi 13 septembre 2007

La Question Humaine


Entretien avec Nicholas Klotz (Humeur Vagabonde)

LA NOUVELLE GENERATION TECHNIQUE

Le centre de gravité du film, c’est une expression que dit Simon par rapport à Karl Rose. Il parle de la nouvelle génération technique, et je crois que la grande question est là. Aujourd’hui, nous sommes mitraillés de mots d’ordre, de propagandes sous des formes de communication extrêmement sophistiquées, très fluides, très proches de la publicité ; mais quand on entend bien l’histoire et qu’on analyse bien cette langue, on se rend compte qu’elle fabrique une nouvelle génération technique. Nous sommes nous confrontés à ça aujourd’hui et comment en tant que génération ne pas devenir des techniciens du contrôle humain et de la rentabilité à tout prix et du profit. Comment justement déployer notre humanité, affirmer à quel point l’humanité est précieuse. Comment ne pas devenir une nouvelle génération technique, étouffée par la technique et nous dressant les uns contre les autres par ça.
Un moment donné on a eu le besoin après le travail en plan fixe que l’on faisait, pas pour illustrer quelque chose, mais parce qu’il y avait vraiment besoin d’entendre de voir les corps de les sentir, de voir comment ils se déplacent, ils irradient de leur présence et d’installer des couches de temporalité dans le film. Un moment donné on prend la caméra à l’épaule, et c’est vrai qu’à partir de ce moment là, il y a des couleurs, ça tremble, ça vibre, il y a de l’amitié, y a des tas de choses qui viennent. Et sur le contre champs, il y a des chants, il y a du flamenco, du fado, il y a de la techno. C’est le contre champ de cette langue technique et de ces plans fixes très très dépouillés qui sont le début du film.

lundi 10 septembre 2007

Le conformisme, c’est la transgression

Individualisme de masse en Californie

A San Francisco et à Berkeley, deux villes californiennes peu représentatives du reste du pays mais bien américaines, certaines « transgressions » relatives à l’apparence physique ou à l’« identité » suscitent une indifférence croissante. L’anticonformisme ambiant ne correspond plus guère à une contre-culture : devenu un modèle de comportement individuel, il façonne le mode de vie local. Ce genre de subversion satisfait ceux qui s’y adonnent. Mais ne dérange plus personne.

Par Christian Ghasarian

Une mère de famille qui promène son enfant dans une poussette construite avec une boîte en bois munie de quatre roues ; un homme musclé aux cheveux longs, torse nu, surnommé « l’homme rugissant » (the roar man) par les habitués, criant comme Tarzan dans la rue ; un sans-abri perché sur un seau en plastique retourné et dont la spécialité est de philosopher, en monologues contradictoires, avec les quelques prêcheurs évangélistes qui s’aventurent dans le campus de l’université... A Berkeley (Californie), où la première contestation étudiante (le Free Speech Mouvement), en 1964, eut ses prolongements internationaux, l’expression des différences fait partie du paysage et engendre une façon d’être et de paraître qui joue avec les normes. Des autocollants sur lesquels on peut lire Why be normal ? (« Pourquoi être normal ? ») ou Question reality (« Mettez en doute la réalité »), visibles ici et là sur les voitures ou sur les murs de la ville, rappellent les principes locaux aux passants qui ne les (re)connaîtraient pas ou qui risqueraient de les oublier.

Dans l’imaginaire américain dominant, San Francisco et Berkeley sont perçus comme des lieux hors normes où les comportements les plus « bizarres » s’inscrivent dans l’ordre des choses. L’expression Berserkley (allusion à to go berserk, ou « agir de façon démente »), souvent employée aux Etats-Unis pour désigner la ville universitaire, traduit un sentiment de malaise vis-à-vis de ce qui s’y joue. Il est vrai que, dans l’Amérique conservatrice, San Francisco et Berkeley représentent un repoussoir idéal, une Babylone anticonformiste, pécheresse et décadente.

Comme toutes les typologies rapides, ces représentations stéréotypées sur une ville qui a développé la contestation artistique (San Francisco) et sur une autre qui fut le bastion du radicalisme politique (Berkeley) nous informent plus sur ceux et celles qui les émettent que sur l’objet qu’elles prétendent décrire. Elles oublient que la production des différences dans cette « autre Amérique » participe d’un jeu social consensuel et qu’elles ne font qu’exprimer la valeur individualiste dominante dans la culture américaine. Même si, dans le cas d’espèce, les modèles ne sont pas ceux de la population nationale.

Il y a plus d’un demi-siècle, l’anthropologue américain Ralph Linton (1893-1953) écrivait un article percutant de deux pages, avec pour simple titre « One hundred per cent American » (« 100 % américain »), dans lequel il retraçait une journée type dans le pays (1). Il y relevait que tout ce qui caractérisait la manière d’être était emprunté à d’autres cultures. Cet aspect, évident, est à mettre en relation avec le patchwork expérimental en jeu dans la présentation corporelle de soi à San Francisco et à Berkeley. Dans ces deux villes, se distinguer par son apparence est la norme locale, même si certains quartiers encouragent et permettent plus que d’autres cette expression de soi.

Mise en scène de la différence

Les quatre derniers pâtés de maisons de la rue menant au centre du campus de l’université de Californie de Berkeley, Telegraph Avenue (avec son mythique People’s Park, haut lieu de la contestation dans les années 1960), servent ainsi de théâtre principal à la mise en scène de sa différence. Il y a quelques années, un jeune étudiant décida, à la rentrée des classes (fin août), d’aller en cours nu avec son sac à dos. L’hiver est relativement doux dans la baie de San Francisco, mais lorsqu’en novembre il commença à faire plus frais, il enfila un tee-shirt, puis un pull-over, et continua à déambuler nu en dessous de la taille.

La plupart des enseignants ignoraient l’étudiant (surnommé the naked guy, « le mec nu ») mais, à la longue, certains commencèrent à être embarrassés. Il lui fut gentiment demandé de cacher ses parties génitales, ce qu’il refusa de faire pendant plusieurs semaines, continuant à suivre ses cours dans la tenue d’Adam en évoquant la fameuse liberté d’expression (free speech) garantie par un article de la Constitution américaine et constamment rappelée dans la baie de San Francisco.

Dans un premier temps, son entêtement lui valut un avertissement, puis une invitation à ne plus revenir en cours. Mais, lorsque l’administration universitaire décida de marquer sa fermeté, le jeune homme bénéficia d’appuis nombreux. Etudiants ou non, ils entamèrent, nus, un free naked protest (en référence au Free Speech Mouvement évoqué plus haut) dans les rues de la ville, à toute heure de la journée. Cette manifestation ne fut possible que parce qu’elle se déroulait dans les espaces historiques de la contestation à Berkeley. Hors de ces lieux consensuels où les habitants sont supposés très « avancés » et fiers de faire bon accueil aux excentricités, l’action aurait été plus difficile. Et elle aurait provoqué des réactions de passants.

Michel Foucault l’a signalé, les sociétés occidentales favorisent l’appréhension du corps comme œuvre d’art et premier outil de l’expression de l’individu, placé en position centrale. Dans cet esprit, une expérience ne cesse de prendre de l’ampleur depuis vingt ans : le Burning Man Festival. Fondé par un groupe d’artistes de San Francisco et rassemblant chaque année une proportion importante de résidents de la baie, cet événement, qui se tient symboliquement dans le désert du Nevada, met en scène, pendant une semaine, la plus grande expression parodique possible des différences apparentes à travers des déguisements, des peintures corporelles et une valorisation de la nudité expressive.

Ce festival de la différence, ouvert à tous, et qui réunit désormais plus de vingt-cinq mille personnes, organise une contestation – à la fois programmée, localisée et limitée dans le temps – de la société de consommation. Chaque participant y montre une expression décalée de la norme sociale, dans l’esprit d’un « don ». Si le slogan officiel des organisateurs est No spectators, everybody a participant (« Pas de spectateurs, chacun participe »), l’expression des différences est consensuelle ; les surprises et étonnements, institutionnalisés. Ce « rite d’intensification » de la distinction apparente exprime, ponctuellement mais de façon amplifiée, ce qui se joue quasi quotidiennement dans certains espaces de San Francisco et de Berkeley.

Le consensus social est crucial pour que l’expression des différences soit possible, sans conséquences fâcheuses ou danger pour soi. Il explique pourquoi la différence attire la différence. A propos de San Francisco et de sa culture environnante, un dicton américain moderne affirme d’ailleurs : « Si on prend une carte des Etats-Unis et qu’on la secoue, tout ce qui n’est pas “stable” glisse vers San Francisco... » Ce n’est pas un hasard si la communauté homosexuelle y est si importante et si les témoignages de ceux qui viennent d’autres Etats évoquent souvent le manque de tolérance dont ils ont souffert ailleurs.

Depuis les années 1960, la ville draine des artistes et des personnes en quête d’une plus grande liberté d’expression. Cela explique en partie l’afflux de diplômés, docteurs de toutes sortes qui ont choisi de s’y installer. Du fait de la pléthore de personnels très qualifiés, ils ne trouvent pas d’emploi avec le salaire auquel ils pourraient prétendre ailleurs, ont des difficultés à se loger mais n’en considèrent pas moins que l’intensité de la vie locale, avec son foisonnement culturel, constitue un univers social qu’ils ne retrouveraient pas sous d’autres cieux. Un membre du mouvement Hare Krishna m’expliquait un jour qu’il avait choisi de résider à Berkeley car il y ressentait une « bonne énergie »...

Mais l’application à produire sa différence suscite en retour une certaine... indifférence. L’apparence des élèves de la Berkeley High School, un lycée du centre-ville, permet de comprendre assez vite combien l’expression de la distinction peut devenir un apprentissage de la banalité dans lequel le milieu de vie joue un rôle-clé. La famille contribue beaucoup à la mise en place de modèles culturels, mais la société, notamment les groupes d’affinité, participe aussi au processus de socialisation de la personne. Si les adolescents se placent souvent dans une dynamique de distinction par rapport à leurs parents et à la société en général (avec, par exemple, le pantalon qui tombe de façon contrôlée), à Berkeley ils sont juste le vivier de la société des adultes. Le pantalon fait uniquement avec des badges, les guenilles travaillées, les coiffures colorées et inhabituelles ne constituent point des exentricités, juste le bon ton local...

Lorsque la production du particularisme devient la norme d’action, l’individualisme sous-jacent apparaît paradoxal, qu’il s’inscrive dans une logique de profit ou non. A San Francisco, les efforts faits pour se distinguer se rapportent à un système de valeurs prônant la différence partagé par les congénères. Du coup, dans les lieux où l’expression des différences est généralisée, elle devient presque insignifiante. L’indifférence envers les différences exprimées par d’autres devient elle aussi une norme de comportement. A Berkeley, les seules personnes qui paraissent exprimer un étonnement face à l’apparence particulière d’autres passants sont des étrangers au lieu (Américains ou non). Et les seuls qui en rient ouvertement, entre eux, sont des touristes. Les mêmes qui, après quelques mois ou années passés dans ce lieu expérimental, trouveraient probablement de tels rires très « ethnocentriques »...

Une contre-culture institutionnalisée demeure-t-elle une contre-culture ? L’actuelle diversification sociale se caractérise par un mélange des genres et une difficulté récurrente à classer les actions des uns et des autres dans la norme ou la déviance, dans le conformisme ou l’« avant-garde ». Les différences mises en scène avec souvent beaucoup de soin (à travers les vêtements, la coiffure et les ongles démesurément longs, par exemple) par la classe moyenne blanche doivent être distinguées de celles vécues par les innombrables sans-abri de San Francisco et de Berkeley (qui, eux, n’ont pas les moyens de contrôler l’image de leur différence), ou de celles des Noirs d’Oakland, ville berceau des Black Panthers qui jouxte Berkeley, où le malaise économique et social explique un taux très important d’homicides. Même si l’affichage de ces différences laisse transparaître une certaine critique du capitalisme, entre le jeu social affirmant une particularité qui donne le sentiment d’exister davantage et la souffrance née de l’inégalité et de la discrimination, il y a un monde.

Dans un univers social qui produit des gens autonomes, responsables, mais aussi passablement esseulés, les différences – voulues ou subies – instituées à grande échelle engendrent comme une saturation de l’étonnement et, du coup, réduisent l’attention portée aux autres. Qu’il s’agisse d’apprécier ou de condamner, juger c’est toujours « considérer ». Expression a priori d’une tolérance, le non-jugement des différences des autres peut donc aussi témoigner d’un désintérêt envers eux. Les valeurs de l’individualisme déterminent alors la généralisation de la différence et de l’indifférence consécutive. L’attribution d’un surnom à celui qui, dans une logique de distinction, endosse durablement une image de la contestation au point de devenir un personnage social connu dans des espaces urbains anonymes répond certes à son désir d’affirmation de soi. Mais, dans le même temps, elle permet aux usagers de cet espace de catégoriser de façon prévisible – et relativement indifférente – ce « dissident ».

Avec ses deux villes emblématiques, la baie de San Francisco est peut-être le laboratoire de dynamiques comportementales et sociales qui préfigurent des expressions à venir dans d’autres zones urbaines. Partout où l’individualisme distinctif engendré par le libéralisme deviendrait un modèle local.

dimanche 9 septembre 2007




Algérie, terrain



lundi 3 septembre 2007

"Je comprends que ce sujet vous passionne, mais ça n'intéresse vraiment pas les français"; François Fillon, ce matin avec Nicolas Demorand

dimanche 26 août 2007

mercredi 22 août 2007

Départ en Algérie 01

On vient de m'annoncer que je partirai la semaine prochaine pour Oran. Mais je vais y faire quoi ?

Lettre à un otage, Antoine de St Exupéry

Extraits choisis
Solitude
"Car le désert n'est pas là où l'on croit. Le Sahara est plus vivant qu'une capitale et la ville la plus grouillante se vide si les pôles essentiels de la vie sont désaimantés."
Sourire
"L'essentiel souvent n'a pas de poids. L'essentiel ici, en apparence, n'a été qu'un sourire. On est récompensé par un sourire. On est animé par un sourire. Et la qualité d'un sourire peut faire que l'on meure. Cependant, puisque cette qualité nous délivrait si bien de l'angoisse des temps présents, nous accordait la certitude, l'espoir, la paix, j'ai aujourd'hui besoin, pour tenter de m'exprimer mieux, de raconter aussi l'histoire d'un autre sourire."
"Le garçon qui m'avait souri, et qui, une seconde plus tôt, n'était qu'une fonction, un outil, une sorte d'insecte monstrueux, voilà qu'il se révèlait un peu gauche, presque timide, d'une timidité merveilleuse. Non qu'il fût moins brutal qu'un autre, ce terroriste ! mais l'avènement de l'homme en lui éclairait si bien sa part de vulnérable ! On prend de grands airs, nous les hommes, mais on connaît, dans le secret du coeur, l'hésitation, le doute, le chagrin"
Joie
cette qualité de la joie n'est-elle pas le fruit le plus précieux de la civilisation qui est nôtre ? Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle aussi, dans nos besoins matériels. Mais nous ne sommes pas un bétail à l'engrais. La prospérité et le confort ne sauraient suffir à nous combler. Pour nous qui fûmes élever dans la culture du respect de l'homme, pèsent lourds les simples rencontres qui se changent parfois en fêtes merveilleuses ..."

mardi 21 août 2007

Transports


Jane Fonda

Diatribe contre la guerre du Vietnam (issu de l'émission Climat)

Jean Yanne vol.1


Film : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil
Selon "Radio plus près de Dieu", rien n'est conçu sans Dieu, surtout pas les shampoings, produits de beauté, la vente des disques... Un animateur dénonce cette escroquerie à l'antenne, ce qui lui vaut d'être licencié. Il réapparaîtra sur de nouvelles ondes avec "Radio plus près de la Vérité".
Emission de radio : L'apocalypse Est Pour Demain Ou Les Aventures De Robin Cruso

dimanche 19 août 2007

CDG Airport vol.2




vendredi 17 août 2007

Mamie fait de la résistance

Avaricum, bientôt une citée fantôme
Ecouter l'interview de Josselyne Bruneau, dernière habitante d'un ensemble immobilier voué à la démolition. (France Inter le 16/08/07)
Lire les articles connexes sur le site de La Nouvelle République

Souchon, réflexion sur la vie

"Qu'est ce qu'on en fait de ce passage sur la terre ?",écouter

Territoires de Fictions

Paru dans le Monde.fr

jeudi 16 août 2007

Les classes moyennes à la dérive



Face au déclassement générationnel
Extrait : à venir

The Graduate


Puisque l'histoire se passe près de Berkeley, voilà ce que l'on pouvait lire dans le "Diplo" du mois de juillet :
Individualisme de masse en Californie
A San Francisco et à Berkeley, deux villes calliforniennes peu représentatives du reste du pays, mais bien américaines, certaines "transgressions" relatives à l'apparence physique ou à l'"identité" suscitent une indifférence croissante. L'anticonformisme ambiant ne correspond plus guère à une contre-culture : devenu un modèle de comportement individuel, il façonne le mode de vie local. Ce genre de subversion satisfait ceux qui s'y adonnent. Mais ne dérangent plus personne.

Hair et 68

Extrait du film Hair et paroles de la chanson Let the Sunshine in :


J'aime beaucoup le plan dans lequel les soldats rentrent dans l'avion et y disparaissent (tps : 4.00min). Et le suivi des soldats pendant leur marche (à partir de tps : 4.45min): un plan presque fixe, avec simplement un léger zoom pour chercher le personnage. Noter aussi le plan à tps 3.00min. C'est quasiment une photo. Toute la force se trouve dans la musique et l'image, très peu dans les mouvements et les effets de style.
We starve-look
At one another
Short of breath
Walking proudly in our winter coats
Wearing smells from laboratories
Facing a dying nation
Of moving paper fantasy
Listening for the new told lies
With supreme visions of lonely tunes

Somewhere
Inside something there is a rush of
Greatness
Who knows what stands in front of
Our lives
I fashion my future on films in space
Silence
Tells me secretly
Everything
Everything

Manchester England England
Manchester England England
[Eyes look your last]

Across the Atlantic Sea
[Arms take your last embrace]

And I'm a genius genius
[And lips oh you the doors of breath]

I believe in God
[Seal with a righteous kiss]

And I believe that God believes in Claude
[Seal with a righteous kiss]

That's me, that's me, that's me
[The rest is silence
The rest is silence
The rest is silence]

Singing
Our space songs on a spider web sitar
Life is around you and in you
Answer for Timothy Leary, dearie

Let the sunshine
Let the sunshine in
The sunshine in
Let the sunshine
Let the sunshine in
The sunshine in
Let the sunshine
Let the sunshine in
The sun shine in...

Et nous, où en sommes nous ? Pourquoi n'y a t'il pas de mouvement similaire en ce moment ?
Le Monde Diplomatique de juillet 2007 :
Mais que font les pacifistes américains ? En 1968, quatre ans après le déclenchement de l'escalade américaine au Vietnam, de grandes manifestations antiguerre parcouraient les USA, servant à cristalliser toutes les révoltes progressistes de l'époques. Les rassemblements pacifistes devinrent alors tellement massifs qu'ils obligèrent le président Johnson à renoncer à un nouveau mandat. Rien de tel avec la guerre en Irak. Le conflit est chaque jour plus impopulaire, mais le mouvement de contestation n'a pas encore pris son envol.
Les campus sont calmes. Le syndicalisme vacille. Le mouvement antiguerre se limite à quelques belles initiatives...

Souchon - Les Regrets


J'aime ce clip qui utilise des images et des transitions au fort pouvoir évocateur. Il correspond bien à ce que je désire réaliser, mais dans un registre plus "documentaire". Une large place à l'émotion, provoquée par des images illustratives et évocatrices. La musique tient ici le rôle principal, qui deviendrait secondaire dans un reportage. Les places seraient alors inversées entre images et musique. Cette dernière servirait de trame au reportage, qui deviendrait une "oeuvre complète", au sens où elle conjuguerait le son, l'image, le texte, l'information, l'émotion ...




mercredi 15 août 2007

Pas-à-pas, le premier

Définition de cet espace :
Je fais de ce blog un carnet régulier dans lequel je noterai mes pensées, mes idées, mes ambitions du jour, mes projets et leur avancement. Il s'agit de formaliser tout ce que je peux écrire dans mes carnets afin d'en faire une esquisse de mes principes de base photographiques. Je veux enfin écrire et définir ces concepts et progresser vers une création à présenter publiquement.

jeudi 9 août 2007

Portrait de Cyrille-Aimée





site
en collaboration avec Agnès C.S.

mardi 7 août 2007

CDG Airport



vendredi 3 août 2007

Buddy - Thomas




mercredi 1 août 2007

Portrait de Jean Marc Sylvestre



en collaboration avec Agnès C.S.

dimanche 29 juillet 2007

mercredi 25 juillet 2007

La Générale


lundi 2 juillet 2007

dimanche 1 juillet 2007

Vue de dessus, La Seine




mardi 1 mai 2007

Weekend à Paris