mercredi 17 octobre 2007

Paul Graham et une conception de l'image (1)

Paul Graham.



















































Ce que l'on a dit du travail de ce cher Paul :
En 1968, Paul Graham publia Beyond Caring, une étude sur les bureaux de sécurité sociale de Grande-Bretagne et en 1987, Troubled Land, qui explorait les tensions politiques de l’Irlande du Nord. Ces deux séries photographiques de Paul Graham, se penchaient sur les fissures et les points de tensions de la société britannique. Dans Troubled Land il mis en place ce qui allait devenirsa méthode documentaire pour les années à venir : une série de paysages ternes dont la banalité est subtilement perturbée par la présence du sectarisme et des conflits. Paul Graham était à la recherche de traces, de bouts de papier, de slogans divers et variés, des avertissements, des imprécations, les minuscules indicateurs d’un malaise immense. Dans ces séries, il remet au goÛt du jour la photographie documentaire en couleur et influence ceux qui l’ont suivi, en particulier Seawright et Fox. […]



American Night est une histoire autour de la vision périphérique, la vision trouble, floue et les positions avantageuses. Ses personnages errent dans les rues, le long des autoroutes, devant les baraques de fast-food, à travers les parkings, toujours seuls, sans but apparent. Ils attendent, regardent. Dans la méthode photographique du « jour pour la nuit » qu’a utilisée Paul Graham, ils errent dans un brouillard morne, le bruit blanc et visuel d’une société stressée.
Cependant, American Night n’est pas une simple critique de la perte et des dégâts urbains. Parsemées parmi ses images blanchies et oniriques des pauvres exclus et errants des Etats-Unis, se trouvent les photographies en couleur des maisons américaines. Graham nous rappelle que la vision du photographe est partielle. En s’éloignant de quelques pâtés de maisons des taudis sordides on se retrouve dans un paradis verdoyant.
Il rend ces photographies faciles à regarder, un festin visuel. Par contre, il est difficile de déchiffrer les photographies blanches, les silhouettes diminuées se meuvent autour du mobilier urbain et des voitures garées et disparaissent presque au milieu des devantures des fast-foods.
Et alors que nous pensions avoir trouvé la logique qui régit cette mémorable collection de photographies, (images délavées de pauvres, stylisation aboutie des luxueuses habitations), Graham nous conduit de nouveau vers une fausse voie. Il insère une section de photographies documentaires ; des images d’américains pauvres et démunis, qui défient notre époque, qui sont riches, sombres et qui regorgent d’énergie autant que les image blanches sont léthargiques.


On connaît les références photographiques de ces documentaires de rue ; une forme accentuée de Walker Evans, Philip Lorca di Corcia qui affronte les acheteurs dans leur course effrénée. Cependant, encore une fois, Graham place la barre plus haut en augmentant l’angoisse et l’obscurité de compositions qui nous semblent familières.
Nous voici devant le miroir étrangement déformant dressé face aux images blanches, les codes traditionnels de la photographie rançonnés par une vision floue et indistincte.
Parce qu’American Night nous parle autant de photographie que du monde confus dans lequel nous vivons. C’est une sorte de traité sur l’acte de visualisation, de représentation- tout a étéphotographié de toutes les manières possibles et la négation de la vision est la seule avancée que puisse faire la photographie.
Quand Paul Graham a réalisé Troubled Land en Irlande du Nord, il a dépassé une frontière culturelle et les photographies qu’il a faite étaient l’expression de sa confusion, une lutte pour saisir la violence qui ne transparaît qu’à travers les bandes de couleur, les fragments de papiers, les silhouettes au loin. Dans American Night, il a de nouveau étudié une société qui lui est étrangère. Il n’a pas seulement porté son regard sur ses marges mais aussi sur son centre, élégant et prospère, et, comme au temps d’ In Umbra Res, il insiste une nouvelle fois sur le fait que « si l’on détourne son regard de la périphérie de notre vision, on peut commencer à en faire quelque chose ». […]


En ces temps critiques de l’histoire d’après-guerre de l’Amérique, Paul Graham fait des photographies qui ont à voir avec ce qui n’est pas vu, l’incompréhension, et un monde fracturé.
Il crée des images que nous voyons comme les personnages aveugles du roman de Saramago verraient le monde, imprime des textes qui ne peuvent être lus ; il annonce la perte de la vision, l’abandon de la clarté. »



Une conception de l'image (1):
La fascination, voilà ce que recherche le plus la publicité. Le spectaculaire, l'image fascinante, l'image unique, l'image de mode, l'image publicitaire représentant l'instant décisif, tout ceci est devenu l'outil de la communication. Je vois plus la photo comme une multiplicité d'images. Des images qui se parlent, et qui nous parlent, qui racontent une histoire en ouvrant des horizons, plutôt qu'en les cadrant. Ce ne serait pas amener le spectateur à voir ce que l'on désire, mais l'emmener avec nous, et le laisser se faire sa propre image.

Il me semble que l'image a acquis un second sens, celui de la superficialité, celle d'une représentation orientée. Si l'image parle d'elle même, c'est qu'un message y est inséré. Un message simple, à consommer sur place, dans l'immédiat. Plus le message est percutant, mieux il imprégnera notre esprit. Parler à notre cerveau reptilien, c'est réussir. Le message peut même se révéler au moment désiré, devant le produit que l'on cherche à nous vendre. Non seulement, cette image contiendra le message de consommer, mais elle l'inscrit dans un "univers", qui est celui de la marque. La marque, c'est l'artiste, définit par ses références, ses périodes, son style, sa personnalité, son groupe. Le produit, c'est une de ses œuvres. Je ne vais pas seulement adhérer au produit, mais à l'univers de la marque, car je me sens proche, elle constitue ma référence, elle me construit en cela.

Une image silencieuse ou des images qui chuchotent entre elles. Le bruit du vent dans une forêt, qui nous invite à franchir la lisière et découvrir ce qui s'y cache. Une histoire, une représentation sincère, ne peut pas se concevoir sans une multiplicité d'angles, de points de vue, de distances face au sujet, d'aller-retour, entre nous-même et l'extérieur.

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