Extrait :"La création contemporaine, surtout dans le domaine des arts plastiques, s'oriente de plus en plus vers la recherche de l'inattendu et du spectacle. Cette tendance répond à une volonté d'actualisation, au désir de créer du jamais-vu, à une originalité d'apparence en lieu et place d'une résonance de nécessité. A cette démarche s'opposent deux attitudes : celle de l'élaboration d'une oeuvre, qui appelle forcément une notion de durée, et celle que l'on entend par le terme d'"académisme", au sens péjoratif du vocable.
Avec Marcel Duchamp, l'art modifie sensiblement son optique. La Fontaine de 1917, ce ready-made, cet urinoir, cet objet préfabriqué, dérouté de ses fonctions et, par là même, provocateur, crée forcément la surprise, mais non l'émotion ; il usurpe en quelque sorte, par sa situation inattendue, le rang d'oeuvre d'art. Par contre, l'émotion créatrice continue d'habiter chaque centimètre carré de Paul Klee, comme elle ne cesse de briller sur L'Oiseau dans l'espace de Brancusi, parce que, dans ces deux exemples, l'oeuvre est le fait de la main et de l'esprit de l'homme, tandis que l'urinoir n'est que la conséquence du glissement inattendu d'une idée et d'une convention."
"L'adversaire premier de l'art est la valeur vénale, qui n'est qu'un mobile, une fuite en avant, jamais une fin en soi. L'individualisme de notre temps permettra-t-il de concevoir une réelle universalité de l'esprit ? La question se pose devant la confusion qui est celle des arts, comme elle est aussi celle du monde, comme elle le fut sans doute toujours."
Phillipe Robert-Jones
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